Avec le FP2, Aqara avait marqué les esprits en lançant le tout premier detecteur de présence multizone du marché grand public il y a deux ans. Une référence sur le marché, mais limitée par une connectivité Wi-Fi peu adaptée à une intégration domotique optimale. Après le lancement du FP300 l’an dernier, un capteur millimétrique sous Zigbee et Thread et sans fil, avec plus de capteurs, mais sans la faleuse detection multizone.
Cette année la marque revient avec une belle évolution qui fait beaucoup d’effet et de promesses sur le papier : le FP400. Un nouveau capteur intelligent qui promet le meilleur des deux mondes en cumulant Zigbee et Matter, et plus précisément Matter over Thread. Le tout sur alimentation secteur pour permettre de tirer le meilleur de la détection millimétrique sans faire de compromis pour préserver l’autonomie. Au programme également : une détection affinée pouvant aller jusqu’a 8 zones différentes et un traitement boosté à l’IA pour le suivi de zone. Sur le papier, tout est réuni pour en faire le capteur de présence multizone idéal. Sur le terrain, la réalité est plus nuancée.
Les promesses du Aqara FP400 : Le “All-in-One” boosté à l’IA
Avec le FP400, Aqara a voulu corriger les défauts de ses prédécesseurs. On retrouve donc ce qui a fait le succès du FP2, à savoir la détection multizone précise, mais avec des composants et une intelligence artificielle mise à jour pour des performances accrues et une détection encore plus précise.

Mis côte à côte, les deux modules sont quasiment identiques en tout point. Design, mesuration, poids… À la différence de l’inscription 400 qui permet de dissocier les deux. La véritable nouveauté réside dans sa connectivité. Fini donc la dépendance exclusive au Wi-Fi, le nouveau FP400 embarque du Zigbee et, surtout, du Matter over Thread.

Cette évolution laisse présager une intégration locale, ultra-rapide, et totalement indépendante des ponts propriétaires. Du moins, c’est ce que l’on espère à la lecture de la fiche technique !
Intégration Home Assistant : La désillusion du Matter natif
Passons à la pratique. L’appairage direct via Matter over Thread dans Home Assistant se fait en deux temps trois mouvements. Aucun point dur, pas besoin de passerelle tierce : la promesse du standard Matter semble tenue.

Mais la déception arrive vite. Une fois le module intégré, il n’apparaît que comme un simple détecteur de présence et de luminosité. Toute la “magie” multizone du FP400 s’évapore. N’importe quel capteur de mouvement basique à 15€ en fait autant ! Si l’on investit dans un radar millimétrique de ce calibre, c’est précisément pour sa gestion intelligente des zones et des personnes. L’exploitation directe et native sous Matter dans Home Assistant est donc, à ce jour, un échec. On rebrousse vite chemin.

Quid de l’intégration Zigbee directe ? (ZHA / Zigbee2MQTT)
Si l’Option 1 sous Matter est décevante, l’Option 2 en Zigbee direct (via ZHA ou Z2M) l’est tout autant. Le traitement des données reste bridé avec un peu plus de capacités remontés, mais quasiment toutes inopérantes et les fonctionnalités avancées inaccessibles pour le moment. L’intérêt est donc tout aussi limité pour le moment via Z2M. Mais étant donné que le FP300 est maintenant correctement géré par Z2M, il reste un espoir de voir le FP400 mieux pris en charge un jour. Ce que j’espère.
Le parcours du combattant pour exploiter les zones
Pour tirer pleinement parti du FP400, il faut se résoudre à l’Option 3 : passer par une passerelle Aqara. C’est totalement contre-productif et à l’opposé de la philosophie Matter qui prône l’indépendance des équipements, mais c’est aujourd’hui le seul moyen. J’espère vraiment que cela va évoluer dans un avenir proche, sans quoi Matter n’a pas vraiment d’intérêt.
L’échec du Hub Caméra Aqara
J’ai d’abord tenté d’utiliser une caméra Aqara récente (qui fait office de Hub Matter comme presque tout les nouveaux produits Aqara sur secteur…). L’association sous Matter fonctionne très bien, c’est pratique, mais impossible d’exploiter le FP400 correctement. Malgré de multiples tentatives, l’application Aqara ne m’a jamais laissé effectuer la calibration ni créer mes zones avec cette configuration.
La “bonne” méthode : Le Hub M3 à la rescousse
La seule méthode viable qui a fonctionné au domo-lab a été d’associer le FP400 en Zigbee à une “vraie” passerelle Aqara le Hub M3. Puis il faut ensuite utiliser l’application Aqara pour calibrer l’appareil et dessiner les zones de détection.

Enfin, il faut exposer le Hub M3 qui fait office de routeur de bordure Matter à Home Assistant via Matter.

De cette façon, le module dialogue en Zigbee avec son pont, ce qui permet de débloquer l’application pour paramétrer les zones. Le pont fait ensuite remonter ces zones dans Home Assistant via Matter. Ca permet d’exploiter le FP400, mais jamais directement, toujours via un intermediaire et dans un seconde réseau Zigbee isolé de mon maillage Zigbee principale de la maison …
Le problème du nommage des zones
Mais là encore, l’expérience utilisateur est loin d’être parfaite. Les noms que vous donnez à vos zones dans l’application Aqara ne remontent pas dans Home Assistant. Résultat ? Mes 5 zones apparaissent bien dans mon tableau de bord, mais avec des noms génériques identiques.

Il faut alors mener l’enquête : se déplacer physiquement dans la pièce avec son smartphone à la main pour identifier quelle entité correspond à quelle zone, puis les renommer manuellement dans Home Assistant. Laborieux. Chaque zone dispose de sa page Matter.

Test en conditions réelles : Une réactivité redoutable
Mettons de côté les frustrations logicielles. D’un point de vue purement matériel et réactivité, le Aqara FP400 est excellent.
Je l’ai testé dans une pièce exiguë (mon bureau), remplie d’appareils et d’écrans qui sont habituellement de fortes sources de perturbations pour les capteurs millimétriques. J’y ai configuré 5 petites zones distinctes. Le résultat est bluffant : le capteur me détecte parfaitement, suit mes mouvements avec précision d’une zone à l’autre, et ignore brillamment les interférences de la pièce. Sur le terrain de la détection, il fait un sans-faute, même avec le reflet du soleil de la baie vitrée ou le chien qui sollicite pas mal le capteur en passant d’une zone à l’autre chaque seconde. Le résultat est excellent.

Conclusion et Avis Final : Un goût d’inachevé
Après avoir lu de nombreux articles élogieux vantant les mérites de l’Aqara FP400, je reste globalement sur ma faim.
Le matériel n’est pas mauvais, loin de là. Sa réactivité et sa précision dans des environnements complexes sont remarquables. On note réellement le step en avant par rapport au FP2 avec une détection bien meilleure et plus réactive. Cependant, l’expérience logicielle gâche la fête. Devoir repasser par un écosystème propriétaire (Hub M3) pour exploiter un appareil vendu comme étant la pointe de la technologie “Matter over Thread” est une énorme déception.
Notez toujours que le FP400 se limite à 8 zones de détection là où le FP2 pouvait aller jusqu’à 30 zones. Ceci dit, 30 c’est souvent trop ; personnellement, je fonctionne avec 5 à 6 zones, donc ce n’est pas un problème, surtout que la détection est vraiment efficace. Donc, moins de zones possibles mais plus de qualité dans la détection, c’est probablement un meilleur compromis. Notez aussi que le FP2 disposait aussi de deux modes additionnels (détection de chute et analyse de somme). Deux modes que nous avions détaillés dans un guide/test complet que vous pouvez relire ici. Le FP400 ne propose pas ces modes.
Le FP400 aurait pu être le capteur parfait, mais il s’arrête à mi-chemin. À quand un détecteur multizone aussi précis qui expose nativement toutes ses fonctions et modes de configuration sous Home Assistant via Thread, sans passer par aucun intermédiaire ? Le marché l’attend toujours, et j’attends le prochain modèle avec impatience !







